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[Géographie de Samos]

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Peuplée dès le Néolithique, l’île de Samos, hébergea ensuite, tour à tour, des Cariens, des Lélèges, et des Ioniens venus d’Epidaure. L’île appartint à la confédération ionienne et lui fournit ses plus habiles constructeurs de navires et ses hardis marins; Colaeus de Samos fut le premier Grec qui franchit les colonnes d’Hercule. Les poteries rouges de Samos furent réputées durant toute l’Antiquité. On vantait également les fruits, les roses de Samos et les bois de construction des pentes de la montagne. Le marbre, plus friable que celui de Paros, était pourtant apprécié. L’architecture et l’art plastiques furent très développés dès le VIIe siècle; plus tard, Rhoekos (Rhoecus), Theodoros et leurs élèves perfectionnèrent la fonte du bronze, le travail des pierres précieuses, etc. (image: http://www.cosmovisions.com/btcf.gif

La civilisation antique à Samos).Le tyran Polycrate fut au VIe siècle chef du plus puissant Etat maritime de la mer Egée, allié d’Amasis, roi d’Egypte; indépendant des Perses, il repoussa une attaque des Spartiates et des Corinthiens. Il succomba à la trahison, et son frère Syloson amena une armée perse qui saccagea l’île. On la voit ensuite dans la fédération navale présidée par Athènes; elle s’insurge contre celle-ci et il fallut pour la réduire une grande expédition ou commandait Périclès. En 412, Samos est l’asile des démocrates chassés d’Athènes. Alcibiade en part pour chasser les oligarques (

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La rivalité d’Athènes et de Sparte). Samos demeure le quartier général de la flotte athénienne durant les années suivantes. Elle fut ensuite occupée par les divers maîtres de la mer Egée, les Ptolémées, les SéleucidesMithridate, annexée en 84 av. J.- C. à la province romaine d’Asie. Auguste y hiverna après Actium. Elle redevint libre jusqu’à Vespasien et plus tard forma avec Rhodes, Cos, Chios, la province des Iles. Elle donna ensuite son nom à un thème byzantin comprenant Ephèse et Adramythium.

En 1550, les Turcs la pillent, et Selim la fait coloniser par le capitan pacha Ochiali (

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Le siècle de Soliman). Morosini la dévasta. Elle se distingua dans la guerre de l’Indépendance; le 17 août, la flotte et l’armée rassemblées à Mycale par Tahir-pacha pour envahir l’île furent dispersées par Canaris. L’île était gouvernée par le logothèteLycurgue. Elle fut cependant laissée à la Turquie par le protocole de Londres (1827); mais elle refusa de se soumettre et on finit le 11 décembre 1832 par lui concéder son autonomie, sous la garantie de la France, de la Russie, de l’Angleterre, moyennant un tribut de 67 500 F par an payé à la l’Empire ottoman. Elle eut alors pour capitale, Vathy et fut gouvernée par un prince grec non héréditaire, nommé par la Turquie, assisté d’une chambre de 26 députés élus par les Samiens. Le premier prince fut le Grec phanariote Etienne Vogoridès, qui résidait à Istanbul et faisait administrer Samos par un gouverneur. C’est seulement en 1913, que Samos sera rattachée à la Grèce.

Les temps anciens; colonisation de l’île de Samos

Entre traditions mythologiques et histoire. 
Autrefois, dit un vieux mythe conservé par Héraclide de Pont, Samos était déserte; et il ne s’y trouvait que des monstres, appelés Néados, dont les mugissements faisaient trembler et brisaient le sol. Eustathe dit positivement que Samos était déjà habitée avant l’arrivée des Hellènes par des Pélasges, et que Héra était révérée dans cette île sous le nom de Pélasgia.Selon des traditions mêlées de mythologie, Macarée, l’un des Héliades, chassé pour le meurtre de son frère de la ville d’Olénum en lonie (plus tard Achaïe), dans lePéloponnèse, se fixa sans obstacle à Lesbos; une colonie, venue de Thessalie, le rejoignit, et permit à son fils, Cydrolaüs, de prendre possession de Samos. Cette île fut partagée entre les conquérants, et, comme toutes celles où domina le famille de Macarée, porta le nom d’île des Bienheureux. A la même époque, ou peu de temps après, l’oracle d’Apollon lui envoya son second et son véritable fondateur. De Périmède, fils d’Oïnée, Phénix eut deux filles, Astypalée et Europe; la première devint l’épouse de Poséidon, et lui donna un fils , Arcée, qui fut roi des Lélèges; à son tour Ancée épousa Samia, la fille du fleuve Méandre, et il en eut Enudus, Samus et Halitherse. Ce roi des Lélèges peuple uni par le sang aux Pélasges ainsi que les Cariens, et qui porta de même ses émigrations dans l’Asie Mineure, avait fondé un établissement dans l’île de Céphallénie, et lui avait donné le nom de Samos, lorsque les dieux lui envoyèrent cet ordre  :

« Aracée, je veux qu’au lieu de Samos tu ailles habiter une île qui portera le même nom; aujourd’hui on l’appelle Phyllé. »

Il partit avec des Céphalléniens, auxquels se joignirent des Arcadiens, des Thessaliens et des Ioniens, se fixa dans le séjour que lui avait indiqué l’oracle, donna à l’île le nom qui lui est resté, fonda la ville d’Astypalée en mémoire de sa mère, développa la culture de la vigne et l’agriculture, et ne quitta l’île que pour se joindre aux héros conquérants de la Toison d’Or. Après lui régna son fils, soit qu’il fût né dans le pays, soit qu’il y fût venu avec une colonie de Céphalléniens et d’habitants d’Ithaque. C’est à cette époque, dont l’histoire est bien incertaine , qu’il faut rapporter la domination des Cariens dans l’île : la plupart des auteurs mentionnent ce fait; ils disent même que la domination carienne fut la plus ancienne à Samos, mais sans nous apprendre s’il y eut irruption violente ou accord et partage amical entre les Ioniens de Cydrolaüs et les Lélèges d’Ancée. Si l’on veut arriver aux faits bien positifs de son histoire, il faut descendre jusqu’au temps du grand établissement des Ioniens en Asie Mineure. Vers l’an 1188 avant J.-C., les Ioniens chassés de l’Egialée avaient cherché un refuge dans l’Attique. A la mort du roi Codrus, cinquante ans environ après leur établissement dans ce pays, Médon, l’un des fils du dernier roi, favorisé par la Pythie, ayant été nommé archonte, ses frères allèrent fonder diverses colonies. L’un d’eux, Nélée, se rendit d’abord à Naxos, puis dans l’Asie Mineure, et, après avoir triomphé de la résistance des Cariens, fonda la ville de Milet et les autres cités de la confédération Ionienne.  

Les colonies de SamosLe nombre et l’importance des colonies de Samos prouvent, mieux que tout autre témoignage, l’activité et l’étendue de son commerce, et montrent que les Samiens méritaient peut-être plus que les Phocéens d’être considérés comme les premiers navigateurs de la Grèce. 

La première colonie samienne fut celle de Samothrace, fondée lorsque Androclès, roi des Éphésiens, eut chassé Léogoras, fils de Proclès, vers 1100 avant J.-C. Une génération après l’établissement des Ioniens en Asie Mineure, des Samiens dépossédés par l’établissement de ce prince se réfugièrent dans cette Île, et changèrent son nom de Dardanie en celui de Samos de Thrace. Antipbon dit à ce sujet :

« Les anciens habitants de l’île, dont nous descendons, étaient Samiens. Ce fut la nécessité, non le bon plaisir, qui les conduisit dans leur second séjour. Un tyran les avait chassés de leur patrie; après avoir exercé des pirateries sur la côte de Thrace, ils s’emparèrent de Dardanie. » 

Le géographe Mélétius ne semble pas attribuer à ce fait historique la colonisation de Samothrace; car il dit que les habitants de cette île ayant été, secourus par les Samiens dans une disette, leur accordèrent en reconnaissancele droit d’envoyer chez eux une coIonie. Samothrace à son tour répandit une partie de sa population sur les rivages voisins.

Anaea, cette ville  dont le nom apparaît souvent dans l’histoire de Samos, fut fortifiée à la même époque par Léogoras, qui s’y était réfugié. Elle devint depuis ce temps la retraite de ceux des Samiens qu’avait chassés le parti populaire; et lorsque l’île se mit dans l’alliance et la dépendance des Athéniens, sa colonie, jetée dans le parti contraire, ne cessa de fomenter des troubles dans la métropole et de chercher l’occasion d’y faire naître une révolution oligarchique. 

« Anaea, dit Étienne de Byzance, est située sur la côte de Carie, en face de Samos; son nom lui vient de l’amazone Anaea, qui y avait été nourrie, au dire d’Ephorus l’Anéen. A cette ville appartient l’illustre péripatéticien et historien Ménélas. »

La fondation de Périnthe doit remonter à la même époque. Les témoignages de Plutarque et de Scymnus de Chios ne permettent pas de douter que cette ville ait été une colonie samienne. Elle parvint à un degré assez élevé de prospérité et de puissance; son alliance avec les Athéniens et sa résistance aux armes de Philippe sont les principaux événements de son histoire.A vingt milles de Périnthe, vers le sud, était Bisanthe, autre colonie de Samos, et lieu de naissance du poète élégiaque Phaidimus. Cette ville a pris plus tard le nom de Rhaidestos. Les avantages de sa position la conservèrent dans un état prospère, malgré les révolutions et les siècles; et lorsque Pococke visita les côtes de Thrace, il retrouva la colonie samienne toujours riche en vins et en blés, et encore assez florissante sous le nom de Rhodosto. 

Les Samiens paraissent avoir affectionné les côtes fertiles de la Thrace; ils y fondèrent encore, à une époque incertaine, entre Bisanthe et Périnthe,Héraeum-Tichos (cité d’Héra); cette ville était un comptoir samien, qui avait un temple consacré à la déesse protectrice de Samos.

Vers 625, Amorgos, île des Cyclades, habitée par des Naxiens, reçut une colonie que le grammairien Simmias amenait de Samos, son île d’origine. La Lybie fut aussi fréquentée par les Samiens. Ils fondèrent dans la grande Oasis une ville qui « appartient, dit Hérodote, à la tribu d’Eschrion, et se trouve à sept journées de Thèbes par le désert; ce lieu porte le nom d’île Fortunée ».

De Mycale à Ephèse le rivage asiatique appartenait à Samos; les Éphésiens lui avaient cédé la petite ville de Néapolis en échange de Marathésium. En Cilicie, elle avait fondé, en face de l’île de Cypre, Nagidos et Celendris, qui passaient pour les plus anciennes villes de cette contrée. Les Samiens exilés qui sous Polycrate avaient inutilement tenté de rentrer par force dans leur patrie fondèrent Cydonie (La Canée) en Crète. lis consacrèrent dans cette île un temple à Artémis-Dictynne. Pendant six années leur établissement fut prospère; mais au bout de ce temps les Éginètes, qui n’avaient pas déposé leur vieille inimitié contre les Samiens, vinrent les attaquer; vaincus dans un combat naval, les habitants de Cydonie allèrent demander à l’Italie une troisième patrie; ils se retirèrent en Campanie à Dicoearchia,qui devint plus tard Putéoli ou Pouzzoles (318 avant J.-C.).

Zancle fut la dernière colonie samienne. Thucydide et Hérodote ne s’accordent pas avec Pausanias au sujet de la fondation de cette ville. Thucydide dit que Zancle fut d’abord habitée par des brigands de Cume en Eubée, puis par d’autres colons du même pays; plus tard les Samiens et d’autres Ioniens, qui fuyaient la domination des Perses, chassèrent ces premiers possesseurs, et se mirent à leur place. Dans Hérodote les faits sont plus circonstanciés : après la bataille de Lada, dit-il, ceux des Samiens qui ne voulaient pas retomber sous le joug d’Eacès se rendirent à l’invitation que les Zancléens avaient faite aux Ioniens de venir à Calacte pour y bâtir ensemble une ville; quand ils arrivèrent en Sicile, ils apprirent que les habitants de Zancle étaient, avec leur roi Scythès, occupés au siège d’une ville voisine. 

Anaxilas, tyran de Rhégium, alors en guerre avec les Zancléens, engagea les Samiens à abandonner leur projet d’établissement à Calacte, et à s’emparer de Zancle, alors sans défenseur. Ce conseil plut aux Samiens; avertis de cette perfidie, ceux de Zancle appelèrent à leur secours Hippocrate, tyran de Géla. Ce prince accourut; mais il fit mettre aux fers le roi de Zancle et son frère, et les livra aux Samiens avec trois cents des principaux de la ville. Les dépouilles furent partagées de la sorte la campagne et ses productions avec la moitié des meubles et des esclaves fut livré à Hippocrate, le reste appartint aux exilés de Samos. La mauvaise foi et la trahison des Samiens furent punies; ils occupèrent quelque temps Zancle d’accord avec Cadmus, fils du roi dépossédé. Mais Anaxilas , tyran de Rhégium, les chassa en partie, ouvrit la ville à des hommes de toute origine, et, en souvenir du pays de ses ancêtres, lui donna le nom de Messène.

Pausanias nous offre encore un récit différent. Il reporte à une époque beaucoup plus ancienne les ravages exercés par des pirates sous les ordres de deux chefs, Cratémène de Samos et Périérée de Chalcis; il suppose l’existence de deux Anaxilas, dont le premier aurait vécu au temps de la deuxième guerre de Messénie. Ce tyran de Rhégium avait, dit-il, appelé les Messéniens, chassés de chez eux, au secours de Zancle, pressée par les pirates, et les Messéniens vainqueurs se seraient établis dans la ville et lui auraient donné leur nom. Selon cette version, Zancle n’est pas une colonie de Samos; un chef de pirates, seul, est Samien.

Tembrion et un descendant de Xuthus, Proclès, fils de Pityrée, se détachèrent du corps principal, que conduisait Nélée, et descendirent dans l’île de Samos. LesCariens qui l’habitaient paraissent leur avoir opposé moins de résistance que ceux du continent. Bientôt un accord fut conclu, en vertu duquel l’île et même la ville principale étaient partagées entre les anciens habitants et les nouveaux venus. Une partie de la ville prit du fleuve Chésius le nom de Chésie, l’autre conserva la dénomination antique d’Astypalée. Les Ioniens fondèrent en Asie Mineure et dans les îles de Chios et de Samos leurs douze ou, selon Vitruve, leurs treize villes , en souvenir de leur séjour dans le Péloponnèse; puis ils s’unirent par le lien fédératif du Panionium.

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Hérodote  (I, 143 et 148) nous apprend que Panionium était le nom d’un temple construit en commun par les douze cités ioniennes, et où tous les ans chacune d’elles envoyait des députés pour régler les intérêts généraux;  il s’élevait sur le mont Mycale, et était consacré à Poséidon Héliconien.

Relations de Samos avec Ephèse et Priène. 
Cette institution n’empêcha pas les villes nouvelles de devenir rivales, la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre elles; Ephèse et Samos en donnèrent le premier exemple. Les Cariens du continent, massacrés pendant la conquête, réduits en esclavage, voyant leurs femmes et leurs filles devenues la proie des vainqueurs, nourrissaient contre ceux-ci une haine profonde, et cherchaient l’occasion de se soulever. A Samos, au contraire, ils avaient conservé une portion du territoire, et jouissaient des mêmes droits que les nouveaux venus. Ce fut pour Androclès, chef des Éphésiens, le prétexte d’attaquer Léogoras, qui avait succédé à son père Proclès dans la royauté de Samos; il l’accusa de favoriser les Cariens et de méditer une alliance avec eux contre la cause ionienne.Les Samiens furent vaincus; une partie de cette population, que les vicissitudes de la guerre avaient déjà chassée du Péloponnèse et de l’Attique, s’exila encore une fois, et alla porter à une île située en face des rivages de la Thrace le nom de sa dernière patrie. Mais avec le reste de ses sujets Léogoras résista courageusement à cette fatalité qui semblait avoir condamné son peuple à une destinée errante. Forcé de quitter Samos, il se réfugia sur le continent, se fortifia dans la ville d’Anaea, demandant au pillage des moyens de subsistance, inquiétant Androclès et les Éphésiens. Enfin, après dix années de cette existence, son courage persévérant fut récompensé; à son tour il expulsa les usurpateurs, et put rentrer en possession de la conquête de son père. Ce triomphe des Ioniens de Samos semble avoir resserré les liens d’amitié qui les unissaient aux Cariens.

Priène, l’une des dix villes du continent, attaquée par ces derniers, demanda du secours aux habitants de Samos, au nom de leur commune origine; par dérision, au lieu des vaisseaux et de l’armée attendue, Léogoras envoya une petite barque. Néanmoins, les Priéniens furent vainqueurs; mais une haine implacable s’établit entre eux et les Samiens, et dès ce moment commencèrent des guerres sans fin au sujet des limites du territoire que ceux-ci prétendaient s’attribuer sur le continent.

Renversement de la royauté à Samos. 
Après Léogoras, Samos dut continuer à être gouvernée par des rois pris dans la même maison; mais nous les perdons de vue, dans un intervalle de trois à quatre siècles, jusqu’à Amphicrate. Cette période, si elle n’est pas célèbre dans l’histoire samienne, ne fut cependant pas perdue pour l’accroissement des forces de l’île. C’est ainsi que 704 ans avant J.-C. le Corinthien Aminoclès, qui le premier avait donné aux vaisseaux la forme qu’ils conservaient encore au temps de Thucydide, fut chargé par les Samiens de leur construire quatre trirèmes. 

Adonnés à la navigation, héritiers des goûts de piraterie de la nation carienne, les maîtres de Samos apportaient tout leur soin à l’entretien de leur flotte, et ce fut un des premiers peuples qui chez les Grecs se rendirent redoutables sur mer. Amphicrate dès son arrivée au pouvoir (680 ans av. J.-C.) porta la guerre à l’extrémité de la mer Égée, dans l’île d’Égine; et les succès et les revers furent égaux des deux côtés. En même temps que les Samiens recherchaient au dehors a fonder une puissance maritime, au dedans ils étaient agités par des factions; le peuple et les grands menaçaient la royauté. 

Nous ne savons pas si entre les factions rivales il y eut une lutte de longue durée; mais la royauté y succomba, et Amphicrate fut le dernier roi de Samos. Cette île,s’étant déclarée libre, se donna des magistrats appelés Géomores, et il est à présumer que cette révolution ne s’accomplit pas sans violente, puisqu’un grand soulèvement des esclaves répond à ce changement. Mille esclaves se retirent sur l’Ampélus, et y vivent de brigandages. Après six années d’efforts inutiles pour les réduire, leurs anciens maîtres sont engagés par l’oracle à traiter avec eux, et pour s’en délivrer, ils leur abandonnent des vaisseaux, qui les conduisent à Éphèse. Peut-être cette révolte de leurs propres esclaves engagea-t-elle les Samiens à secourir Lacédémone durant la seconde guerre de Messénie

Dans le même temps la guerre éclata avec les Éoliens établis à Lesbos : les Samiens commencèrent les hostilités; mais leur gouvernement, encore mal affermi, souffrit de cette expédition : un de leurs généraux, que la faveur du peuple avait porté à cette dignité, Syloson, fils de Callitélès, s’empara de la tyrannie. Peu après ils intervinrent dans un différend entre Chalcis et Érétrie en Eubée, où ils prirent parti pour les Chalcidiens, et Milet pour les Erétriens. Plus tard, nous les trouvons arbitres d’un différend entre Chalcis et Andros au sujet d’Acanthe, que les Andriens obtinrent. Démotélès, qui régnait en 620, périt violemment, et les Samiens revinrent au gouvernement des géomores.

Révolutions intestines. 
Mais il semble que l’administration de ces magistrats fut tyrannique; car une révolution liée à une guerre extérieure ne tarda pas à les renverser. Les Mégariens avaient attaqué Périnthe, colonie de Samos, et avant leur expédition s’étaient munis de chaînes pour leurs prisonniers. Les géomores envoyèrent à leur colonie un secours de trente navires sous les ordres de neuf généraux. Deux des navires périrent à l’entrée du port, frappés de la foudre; mais les autres , unis aux Périnthiens, furent victorieux et les Mégariens perdirent six cents prisonniers. Les Samiens de l’expédition armèrent les vaincus, et, revenant à Samos avec ce renfort, massacrèrent les géomores , et leur substituèrent l’autorité populaire. Quelques-uns des Mégariens obtinrent le droit de cité, et les chaînes qu’on avait mises sur eux et qui leur avaient servi, furent à cette occasion consacrées dans un édifice particulier, qu’on appela Pédétès. Le gouvernement du peuple n’eut pas une longue durée. Les guerres qu’il entreprit ne furent pas toujours heureuses : depuis déjà longtemps les hostilités étaient engagées sur la terre ferme avec Priène; les Samiens éprouvèrent un grand revers, et perdirent mille hommes dans un combat.

Entreprises des Samiens. 
Peu après cependant ils eurent leur revanche. Les plus nobles et les premiers de Priène succombèrent en un lieu appelé le Chêne, et cette calamité laissa de longs souvenirs dans l’esprit des Priéniens; le sage Bias parvint seul à rétablir la paix entre les villes rivales. Au milieu de toutes ces guerres, la vie des Samiens était redevenue une vie de pirates, et dans leurs relations extérieures, comme sur la place publique, leur seule règle de conduite semblait être la force et le caprice. Ils s’emparèrent d’un présent que le roi d’Égypte Amasis destinait aux Lacédémoniens. 

« C’était un magnifique  corselet de lin, orné de figures d’animaux tissées d’or et de coton; chacun des fils de cet ouvrage était à lui seul un chef-d’oeuvre de patience et de délicatesse (Hérodote, III, 47) ».

Ils ravirent ensuite le cratère que les Lacédémoniens offraient à Crésus en retour d’un riche présent qu’ils avaient reçu de ce prince. Périandre, le célèbre et puissant tyran de Corinthe, n’avait pas été moins outragé. Voulant se venger des Corcyréens, qui avaient fait périr son fils Lycophron, il avait envoyé au roi de Lydie, Alyatte, trois cents enfants des principaux citoyens de l’île pour en faire des eunuques. Le navire qui les conduisait ayant relâché à Samos, les Samiens, instruits du dessein de Périandre, entraînèrent les jeunes garçons au temple d’Artémis, leur firent embrasser l’autel en suppliants; et comme les Corinthiens du navire s’opposaient à ce qu’on leur portât à manger, 
ils instituèrent pour eux une fête sacrée, où les gâteaux du sacrifice leur servirent de nourriture; puis quand les Corinthiens se furent rembarqués, ils reconduisirent les enfants dans leur pays.Histoire du tyran Polycrate. 
La liberté dans laquelle vivaient les Samiens offrait trop de prise à la tyrannie pour subsister longtemps; l’un des hommes les plus fameux de l’antiquité la renversa : ce fut Polycrate, qui, autant par son génie que par sa fortune singulière, fut, aprèsPythagore, la plus grande illustration de Samos dans les temps anciens.

Il était fils d’Eacès, et avait deux frères, Pantagnote et Syloson. Les trois jeunes gens, avides de puissance et fiers de leur fortune et de leur crédit, résolurent de satisfaire leur ambition aux dépens de la liberté publique. Ils s’adjoignirent un petit nombre de complices, et choisirent pour l’accomplissement de leur projet la fête d’Héra. Profitant de l’instant où les principaux citoyens, prêts à accomplir le sacrifice, avaient déposé leurs armes à l’autel, ils les égorgent, puis s’emparent des lieux fortifiés, se retranchent dans la citadelle, et avec le secours des soldats de Lygdamis, tyran de Naxos, restent maîtres du pouvoir. Cette usurpation s’accomplit la quatrième année de la cinquante-neuvième olympiade (541 av. J.-C.), ou, selon Bentley, la troisième année de la cinquante-neuvième (566). Les trois frères se partagèrent d’abord le pouvoir : Polycrate prit le gouvernement de la tribu d’Astypalée, et donna à ses frères celle de Chèse et celle d’Aschrion. Mais leur bonne intelligence ne dura pas longtemps; Pantagnote fut mis à mort, Syloson exilé, et le plus habile des trois fils d’Eacès resta maître de toute l’île.

Les sages mesures que prit Polycrate pour augmenter les forces et le bonheur de toutes ses entreprises étendirent sa réputation dans l’Ionie, chez tous les Grecs et même dans les pays lointains. Le roi Amasis lui accorda une amitié que des présents mutuels cimentèrent. Avant de rien entreprendre, Polycrate avait eu soin de se créer une marine redoutable. Il fit construire des vaisseaux plus larges et plus profonds, et changer la forme de la proue de manière à les rendre plus légers; les navires construits sur ce modèle retinrent le nom de Samènes. Bientôt le tyran eut à sa disposition cent galères à cinquante rames; ses archers étaient au nombre de mille. A la tête de ces forces, il croyait n’avoir personne à ménager; il pillait indistinctement amis et ennemis : un ami, disait-il, me saurait plus de gré si je lui restitue quelque chose, que si je ne lui enlève rien du tout. Les îles voisines de Samos et plusieurs villes du continent furent conquises. Milet semblait alors puissante, Polycrate songea à faire alliance avec elle; mais l’oracle consulté à ce sujet lui répondit : 

« les Milésiens étaient forts autrefois. » 

Le tyran en déduisit que pour la ville ionienne les temps de prospérité étaient finis. Espérant mettre à profit le changement qu’annonçait l’oracle, il attaqua les Milésiens, fut vainqueur, et s’empara d’un corps de Lesbiens venus a leur secours. Ses prisonniers furent employés à creuser les fossés de la ville. Ce succès fut suivi de beaucoup d’autres, dans un grand nombre d’entreprises.Le roi Amasis, surpris d’un bonheur que rien n’altérait, et songeant à combien de retours et à quelles vicissitudes est sujette la vie humaine, fit part à son allié des craintes que sa trop grande prospérité lui donnait pour l’avenir. Il lui écrivit en ces termes : 

« J’aime à apprendre les succès d’un ami et d’un allié, mais la constance de votre bonheur m’effraye; car je sais combien les dieux sont jaloux. Pour moi et pour ceux que j’aime je préfère des avantages mêlés de revers à une félicité que n’altère aucune vicissitude; car jamais je n’ai entendu parler d’un homme qui ayant été toujours heureux n’ait mal fini. Si vous voulez m’en croire. vous suivrez mon conseil contre votre fortune : voyez ce que vous aimez le mieux, et ce dont la perte vous serait le plus sensible, puis défaites-vous-en à jamais. Si la fortune persiste à vous entourer de ses faveurs sans y mêler de disgrâce, usez de mon remède. » (Hérodote, III, 40).

L’avis parut sensé à Polycrate. Parmi ses bijoux les plus précieux, il avait une émeraude enchâssée d’or qui lui servait de cachet; ciselée par le célèbre Théodore, fils de Téléclès, cette émeraude était un chef-d’oeuvre du plus grand prix. Polycrate résolut de s’en défaire; un navire fut équipé, les matelots le conduisirent en pleine mer, et là, le tyran ôtant sa bague, la jeta dans les flots. Mais la fortune n’accepta pas ce sacrifice volontaire; quelques jours après, un pêcheur apporta au palais un gros poisson dans le ventre duquel on retrouva l’anneau de Polycrate. Effrayé d’une félicité si opiniâtre, le Samien recourut de nouveau aux avis de son allié, le roi d’Egypte. Mais Amasis crut sans doute que nul etfort n’arrêterait plus la destinée; car il se borna à rompre son alliance, parce qu’il craignait, ajoute Hérodote, que si quelque grand malheur survenait à Polycrate, il ne fût contraint à le partager en qualité d’ami et d’allié. Diodore attribue cette rupture à une cause plus vraisemblable : il dit que Polycrate, averti de se montrer moins cruel envers ses sujets et de mettre un terme à ses pirateries, méprisa l’avis du roi d’Égypte, et perdit son alliance.Polycrate était alors au comble de la puissance : parmi tous les Ioniens, ceux de Chios et de Samos avaient seuls résisté aux armes de Cyrus, qui, n’ayant pas encore soumis la Phénicie, ne put entreprendre aucune expédition maritime. Polycrate osa s’attaquer au vainqueur de l’Asie. Les détails de cette guerre, consignés dans un livre qui a péri, ne nous sont pas parvenus; mais elle fut longue, et il paraît que, dans les hostilités, le temple d’Héra fut détruit. Toutefois, comme les Perses manquaient de marine, les principaux combats durent avoir lieu sur le territoire continental des Samiens.

Les guerres extérieures ne firent rien oublier à Polycrate de ce qui pouvait contribuer à l’embellissement de l’île et à l’ornement de sa cour. Il est vrai que son contemporain le plus illustre, qu’il avait inutilement tâché de s’attacher, Pythagore, quitta Samos. Mais les artistes de tout genre et les poètes accouraient en foule autour d’un prince qui savait encourager et récompenser le mérite. Anacréon le poète vécut avec lui, dit Strabon, et ses vers sont pleins de son souvenir. Suidas nous apprend que le poète lyrique Ibyeus, de Rhégium, passa à sa cour plusieurs années. Le Crotoniate Démocède, le plus habile médecin de cette époque, reçut deux talents pour une seule année de ses services à Samos. Les peintres, les musiciens, tous ceux qui pouvaient contribuer à l’embellissement des temples ou des palais du tyran, étaient retenus à grands frais. Afin de vaincre plus facilement la haine des Samiens pour sa domination, il s’efforça d’adoucir leurs moeurs; il les habitua à la vie dissolue des Lydiens; entre autres institutions singulières, il réunit dans une ruelle de la ville, appelée Laura, des femmes renommées pour leur galanterie et pour leur beauté.

Au faîte de sa grandeur et de sa fortune, Polycrate, se souvenant qu’il avait dû son élévation à l’intervention heureuse d’un tyran, s’était fait le protecteur de ceux qu’avait renversés du trône quelque révolution populaire. C’est ainsi qu’Arcésilas III, roi de Cyrène, chassé par les réformes du législateur Démonax, trouva à Samos un accueil hospitalier, et leva une armée dans l’île pour reconquérir ses États. Les dieux n’étaient pas non plus oubliés dans les largesses de Polycrate : ses soldats allèrent s’emparer au milieu de la mer Égée de l’île de Rhénée, et, sur son ordre, la consacrer à Apollon Délien, après l’avoir jointe par une chaîne à Délos dont elle était voisine. Des jeux magnifiques furent institués à Délos même. Mais, dans sa gloire et sa splendeur, Polycrate ne se rappelait pas sans effroi l’avertissement de son ancien allié, le roi d’Égypte, et déjà de sinistres présages venaient confirmer ses craintes : au sujet des jeux de Délos, il envoya consulter l’oracle pour savoir s’il fallait les appeler Pythiens ou Déliens, et il lui fut répondu ils sont pour toi Pythiens et Déliens. L’oracle lui faisait entendre par là, dit Suidas, que sa fin était prochaine.


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