Les trois Princes ….

Les Trois Princes de Serendip (Serendip était en persan ancien le nom de Ceylan ou Sri Lanka) est présenté sur sa page de titre comme traduit du persan en italien par un certain Cristoforo Armeno ; on doute cependant sérieusement que cet Armeno ait existé ailleurs que dans l’esprit fertile de Tramezzino. Il est probable que ce soit Tramezzino lui-même qui ait compilé dans cet ouvrage un certain nombre de contes anciens, principalement indiens.

L’ouvrage rencontra un grand succès, puisqu’une deuxième édition parut en 1584, ainsi qu’une traduction en allemand en 1583et une première traduction en français en1610. C’est sur une deuxième traduction-adaptation en français, publiée en 1719, et « enrichie » de nouveaux épisodes, (rééditée en 2011 aux éditions Thierry Marchaisse), que se fonda la première version anglaise, parue en 1722 sous le titre Travels and Adventures of Three Princes of Sarendip.
C’est ce conte qui a donné lieu, en 1754, à la création par Horace Walpole, qui, enfant, avait lu la version de 1722, du mot serendipity(traduit par « sérendipité » en français).

Les Trois Princes de Serendip raconte l’histoire de trois hommes partis en mission, qui, sur leur chemin, ne cessent de trouver des indices en apparence sans rapport avec leur objectif, mais en réalité nécessaires.
Il s’inspire d’épisodes de la vie du roi de PerseVahram V, qui régna sur l’Empire sassanide de420 à 438. Des anecdotes sur son règne sont rapportées sur un mode épique dans des œuvres poétiques comme Shahnameh (Le Livre des rois) de Firdausi (1010), Haft Paykar(Les sept beautés) de Nizami (1197) ou encore Hasht Bihisht (Les Huit Jardins du paradis) d’Amir Khusrau (1302). Ces poèmes sont en partie basés sur des faits historiques avec des embellissements empruntés au folklore remontant à des siècles de tradition orale de l’Inde et aux contes des Mille et une nuits. L’histoire du chameau (voir ci-dessous) est la plus connue. Il est difficile de se procurer des traductions des autres épisodes.

Ce conte oriental fut publié en italien en 1557 par l’éditeur vénitien Michele Tramezzino[1], dans une version qui fut traduite et adaptée en français, en particulier par Louis de Maillyen 1719[2]. C’est à cette version et sa traduction anglaise parue en 1722 sous le titre Travels and Adventures of Three Princes of Sarendip que se réfère Walpole lorsqu’il crée le mot serendipity.

Serendip désignait en vieux persan l’île de Ceylan, de nos jours Sri Lanka. Le mot vient de l’arabe Sarandib, déformation du tamoulSeren deevu, qui vient lui-même du sanscritSuvarnadweepa signifiant « île dorée ».

L’histoire raconte que le roi de Serendip envoie ses trois fils à l’étranger parfaire leur éducation. En chemin, ils ont de nombreuses aventures au cours desquelles ils utilisent des indices souvent très ténus grâce auxquels ils remontent logiquement à des faits dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance par ailleurs. Ils sont ainsi capables de décrire précisément un chameau qu’ils n’ont pas vu :

« J’ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j’ai remarqué d’un côté que l’herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l’autre, où il n’avait pas touché ; ce qui m’a fait croire qu’il n’avait qu’un œil, parce que, sans cela, il n’aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise. »

Ce conte a déjà inspiré sept ans plus tôt leZadig (1747) de Voltaire[3], où le héros décrit de manière détaillée une chienne et un cheval en déchiffrant des traces sur le sol ; il est accusé de vol et se disculpe en refaisant de vive voix le travail mental effectué. Cependant Zadig va plus loin que les trois princes de Serendip en ce sens qu’il utilise la science de son temps, un « profond et subtil discernement », pour parvenir à ses conclusions. Voltaire n’évoque pas le hasard mais parle d’une « bizarrerie de la providence »[4]. Il introduit également le suspense dans son récit, alors que dans la tradition du conte oriental le lecteur est averti dès le départ que les trois frères n’ont pas vu l’animal, ce qui renforce le raisonnement indiciaire de Zadig pour se rapprocher de la méthode scientifique.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s